Escapade à Great Barrier Island, un voyage dans l’espace et dans le temps

Escapade à Great Barrier Island, un voyage dans l’espace et dans le temps

Loin de nos familles pour Noël, nous avons décidé de ne pas nous laisser abattre et d’aller trinquer en solitaires heureux sur la plus grande île du golfe d’Auckland, Great Barrier Island. La magie du voyage, c’est qu’en moins de 5 heures de ferry, on fait un retour de 30 ans en arrière ! Une sorte cure de jouvence pour nous et notre vieille moto sagement sanglée au pont…

Une traversée en ferry épique

Cinq heures de ferry, c’est long. Ça permet de faire le sempiternel quiz des noms des îles de la baie que l’on croise, de s’émerveiller devant l’agilité des dauphins qui jouent avec l’étrave lorsque la terre est déjà loin et de finir devant un film de Walt Disney dans la petite salle de cinéma de fond de cale, le tout ponctué par le martèlement des vagues sur la coque.

Seb Great Barrier Nouvelle Zelande

Et enfin… terre ! On a beau scruter les collines verdoyantes qui plongent en mer, point de port à l’horizon, pas même une jetée ? Et pourtant, le ferry dépose sa cargaison bigarrée de barbus et de touristes hésitants, entassés dans des pick-ups débordants de matériaux de construction, de cannes à pèches et de glacières, le tout pèle mêle par le manteau arrière et directement sur la route étroite qui commence ici entre mer et forêt. Dès les premiers kilomètres, l’île se dévoile. La route étroite et son revêtement incertain serpente de baies en baies, plus belles et sauvages les unes que les autres, et croise des hameaux improbables composés de quelques maisons fondues dans les collines. Des 5 000 habitants de 1950, il n’en reste que 800 sur toute l’île. Chaque visiteur compte, pas étonnant que chaque conducteur que l’on croise nous fasse bonjour de la main.

Une nature plus intense

L’océan est d’une pureté époustouflante , comme pour narguer les lagons tahitiens, pourtant si loin ! Mais c’est à l’approche du soir que l’île dévoile un autre de ses atouts. L’île bruisse des chants de milliers d’oiseaux ! Grâce à l’absence de prédateurs qui ravagent le continent, tels les possums et autres belettes, ceux-ci y vivent en paix et donnent un aperçu de ce qu’ont pu découvrir les premiers européens à poser le pied en Nouvelle-Zélande. Le navigateur français du 18ème siècle, François Marie de Surville, évoque d’ailleurs cette étonnante cacophonie au lever et au coucher du soleil dans ses carnets de bord… Parmi les oiseaux les plus bruyants, vous ne pourrez rater le « craaaa craaaa » du Kaka, le perroquet local, qui bien que quasiment éteint sur le continent, semble particulièrement s’épanouir ici dans tous les grands pohutukawas du littoral.

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A moins que vous ne rencontriez les passagers du ferry ou les quelques habitants dans le pub de l’île, le Currach, ne comptez pas trop les voir ailleurs. La grande majorité sera partie en mer , plonger à la chasse à la langouste ou pêcher pour de fastueux barbecues de snapper (dorade rose) ou autres kingfish qui abondent dans les eaux. Les quelques autres touristes ont donc les immenses plages qui bordent le sud-ouest et l’est de l’île pour eux. Selon le vent, on peut donc choisir de faire du surf d’un côté ou de barboter tranquillement de l’autre. Enfin, non sans avoir fait 20 minutes de voiture, traversé un col, roulé en lacet sur du gravier et croisé Don ou Craig en route pour la pêche.

Des activités variées

Si vous en avez marre des grandes plages désertes, vous pouvez toujours vous rabattre sur l’intérieur de l’île et ses sentiers. Bien que l’île ait, elle aussi, subie la coupe massive de ses majestueux kauris, la forêt a soignée ses blessures pour offrir de belles opportunités de randonnées à la journée, surtout autour du Mont Hobson, entre Whangaparapara et Port Fitzroy. Le plus haut sommet, le Mt Hobson (627m) est un must pour tout randonneur amoureux de panoramas sensationnels à 360°. On y accède par l’est ou par l’ouest avant une montée dans un entrelacs de racines. Ardu si on n’est pas en forme, mais le résultat en vaut la peine ! Si une telle montée vous refroidit, rabattez-vous sur les sources d’eaux chaudes naturelles, un bain à 38° gratis ! Ou serpentez dans le Windy Canyon, le bien nommé « canyon venté ».

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Le soir venu, chacun rejoint ses pénates avant le coucher du soleil, puisque ici la lumière artificielle est un luxe, et pour cause, il n’y a pas d’électricité ! On démarre son propre générateur ou alors on allume ses batteries chargées au 12V par les panneaux solaires posés sur le toit. Et pour une bonne douche ? Il va falloir faire court pour ne pas dilapider et l’énergie des bouteilles de gaz et l’eau de pluie récupérée du toit… Bref, à moins que vous ne restiez dans un des quelques luxueux lodges de l’île, il faut s’habituer à consommer moins, un changement bienvenue, n’est-ce pas, puisque la planète a besoin de souffler un peu ?

Un réveillon hors des sentiers battus

Le lendemain matin, pas besoin de réveil matin, puisque les oiseaux  vous rappellent (tous ensembles) que le soleil se lève. Hier nous avions trouvés une crique déserte avec les indications improbables de notre voisin pêcheur. Aujourd’hui, nous partons retrouver Sophie et Baptiste, deux français ‘woofers’ rencontrés au Mt Hobson, qui logent chez un Robinson Crusoé local. Après 20 minutes de voiture à travers routes goudronnées, puis routes de graviers, puis sentiers forestiers à travers la montagne, nous terminons les 10 dernières minutes à pied à travers le bush avant d’atterrir dans une baie sauvage, où Rob a construit sa maison digne d’un conte de fées à partir de morceaux d’autres maisons démolies sur le continent, le tout acheminé par bateau, monté à bras d’homme depuis la plage et jusqu’à son piton surplombant la mer… Ce sera le décor de cette journée de réveillon de Noël, où nous partagerons sur le deck les moules que nous venons de récolter dans la baie et les langoustes offertes à nos hôtes par un ami d’une autre baie. Est-il besoin de préciser que le soleil se couche alors dans la mer face à nous ?

Maison Great barrier Island

De nuit, la peau du ventre bien tendue, le retour à pied par le sentier puis en moto sur les routes de gravier s’avère folklorique !

Si vous avez une voiture de location, nous vous conseillons de pousser vers le nord de l’île. Les routes de gravier mènent à de minuscules communautés installées dans les baies profondes. A Port Fitzroy par exemple, l’immense port naturel composé de multiples criques et fermé par la grande île de Kaikoura laisse bouche béé par sa beauté. Tant que vous y êtes, continuez la route de gravier qui longe la baie vers le sud après le ponton, puis prenez le sentier forestier pédestre vers Kaiaraara Hut. Vous aurez un bel exemple de la luxuriance du bush néo-zélandais et si vous n’êtes pas frileux, vous pourrez même piquer une tête dans la rivière noyée dans la végétation.

Depuis Mt Hobson Great Barrier

Pour le reste de cette immense île (30 km de long par 15km de large), dont la plus grande part n’est pas desservi du tout par les routes, il faudra le faire par la mer. Si vous n’avez pas noué connaissance avec un habitant bienveillant et pêcheur amateur, il vous faudra monter sur un ‘charter’ (environ $140 la sortie). Le retour avec poisson, et parfois langouste, est garanti !

Bref, ‘The Barrier’ est un petit paradis préservé, loin de la société industrialisée et du progrès, où vous pourrez goûter un peu de cette simplicité si rare dans nos sociétés aux rythmes effrénés.
Avant de débarquer, n’oubliez pas de jeter votre montre dans les eaux du golfe !

Sébastien

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