Escapade à Wanaka

Escapade à Wanaka

Ces montagnes majestueuses, ces grands lacs infinis semblent avoir un attrait irrésistible sur les plus coriaces des sans-attaches. « J’étais tout petit quand je venais à Wanaka pour des vacances avec mes parents. J’ai toujours su que j’y reviendrai pour de bon » me confie Chris, le papé moustachu qui organise des sorties écolos sur Mou Waho, une île sauvage isolée au milieu du lac. Et il n’est pas seul. Rien qu’en trois jours sur place je rencontrerai son pesant d’or de kiwis relocalisés ou d’ex-européens au large sourire, bienheureux de partager leur passion pour leur ville d’adoption. Mon premier passage à Wanaka, c’était en 2001. À ce premier voyage d’exploration, j’y avais découvert une petite bourgade assoupie devant un lac majestueux, à la lumière bien particulière. En 13 ans, le village a explosé. Les kiwis semblent tous vouloir leur pied à terre ici, et seul un tiers des maisons sont habitées toute l’année. Quand on voit les trois maisons et l’hôtel sans étage qui occupent les vastes plaines en 1906 (sur les photos encadrées au Wanaka Hotel), on reste rêveur.

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En cette mi-octobre donc, j’étais invité par l’Office de Tourisme de Wanaka pour essayer plusieurs activités phares de la région. Il eut été malpoli de refuser ! Wanaka, qui se situe entre Queenstown et la côte Ouest, dans le sud de l’île du Sud de Nouvelle-Zélande, jouit, elle aussi, d’une position privilégiée entre lac et montagne. Elle cherche à retenir les voyageurs qui ont la fâcheuse manie de ne pas marquer l’arrêt dans leur périple entre Queenstown et la côte. Si la ville n’est pas enserrée dans un écrin spectaculaire de montagnes abruptes comme Queenstown, le panorama, plus aéré, y est aussi splendide. La ville occupe la pointe sud du quatrième plus grand lac du pays, qui lui a donné son nom, et qui est d’origine glaciaire. Des rives, comme de beaucoup d’hébergements en ville, on admire les hauts pics alpins du Mont Aspiring National Park qui s’y reflètent. La population y est moins exubérante qu’à Queenstown – ville auto-proclamée « capitale de l’extrême » – mais probablement plus simple, plus passionnée. Ici on cherche à faire sortir la destination de son cliché. Comme le Japon et ses cerisiers du printemps, Wanaka est enchainé à l’automne, puisqu’à cette saison, on admire la flamboyance des arbres européens qui y furent plantés dès le 19e siècle.

Accompagné d’autres professionnels du voyage de toutes origines, notre première sortie ne sera pas à bord d’un jet boat sur la célèbre Matukituki River, comme initialement prévu, mais dans la véranda d’un hôtel en bord de lac. Et oui, les pluies diluviennes des 10 derniers jours rendent non seulement la large rivière opaque d’alluvions (alors qu’elle est bleu turquoise en temps normal), mais surtout impraticable en bateau à propulsion. River Journeys, l’opérateur du cru en sera réduit à nous raconter les tours qu’ils proposent. Et ça à l’air tout à fait attirant ! Leur virée de quatre heures, couplée ou non avec une dépose en hélico, permet non seulement d’accéder à grande vitesse au cœur de la vallée, mais surtout d’admirer les hautes montagnes qui la bordent, pour certaines couronnées de leurs glaciers suspendus, de faire des arrêts balades et photos. Le pilote m’a eu l’air bien sympathique et semble en connaître un bout sur la géologie locale, les glaciers, l’histoire maorie… et les anecdotes sur le Hobbit, puisque pas mal de scènes ont été tournées dans le coin.

A la place d’une remontée de rivière en bateau, ce sera en hélico que nous aurons le privilège de remonter cette belle vallée. On n’y perd pas au change ! Sanglés à 6 dans un écureuil de fabrication française d’Aspiring Helicopters, casque sur les oreilles, on quitte bientôt la base isolée de l’opérateur. Je serai toujours exalté par les décollages si doux de ces machines si puissantes, qui donnent l’impression qu’un géant nous soulève délicatement entre ses mains. Et zou, un virage et nous voilà remontant la vallée à basse altitude, longeant ici la rivière, ici les flancs forestiers des montagnes, avec les commentaires tranquilles de notre pilote. Ce dernier me fait bien sourire : cowboy local en chemise à petits carreaux (il fait 12°) et grosses chaussures de montagne, il pilote l’engin d’une main, plié, coude sur le genou, à l’aise comme sur un tracteur, malgré un temps sauvage où alternent grains et éclaircies. On voit bien que cette région et ce mode de transport n’ont aucun secret pour lui. Le clou du vol sera pour moi la montée au cirque de Kitchener. L’amphithéâtre naturel creusé par d’anciens glaciers est fermé de hautes murailles de roche noires dont le sommet disparaît ce jour-là dans les nuages qui roulent sur les crêtes. Sur toutes les parois, des cascades sauvages dévalent les pentes depuis des glaciers suspendus vers un lac d’altitude turquoise parsemé de blocs de glace. Le temps est mauvais, mais cela ajoute un aspect mystique extraordinaire à l’endroit. Comme dans une aire de jeu, le pilote nous fait presque toucher des palles les glaciers, les chutes d’eau et nous aurons même l’immense privilège de déranger une dizaine de chamois en transit dans le cirque… Magique vous dis-je ! Comparé à cette expérience, le retour par le lac Wanaka paraîtra presque fade. N’exagérons rien, capturer toute l’étendue du lac depuis les airs, avec ses îles et ses hautes montagnes en ceinture, ce n’est pas rien. Surtout que du plancher des vaches, en ville, on ne voit finalement qu’un tiers de ce dernier, le reste se prolongeant en forme de « L ». Les tours qu’ils proposent incluent des atterrissages près de lacs d’altitudes et d’autres crêtes rendues célèbres dans le Hobbit ou le Seigneur des Anneaux.

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Le lendemain matin, nous avons rendez-vous avec Chris, 3M comme le surnomment les locaux, Moaning Moustache of Mou Waho (Moustache ronchonnante de Mou Waho). Il aime tant son île au milieu du lac que son destin y semble inextricablement lié. Ce papy jovial nous accueille sur son bateau à moteur tranquillement amarré à un ponton privé à 2 min de la ville. Sur l’eau, Chris nous raconte tout un tas d’anecdotes sur le lac et l’histoire locale. Il n’est pas peu fier de faire tourner en cabine un véritable os de Moa qu’il a trouvé sur les rives du lac. On découvre par exemple que le lac est si profond, que son fond est sous le niveau de la mer, et que si on y plongeait la Skytower d’Auckland, seuls 30 mètres y feraient surface. L’île que nous visiterons bientôt est une « roche moutonnée », c’est-à-dire un affleurement rocheux si dur que le glacier, malgré ses 1 000 mètres d’épaisseur il y a 10 000 ans, n’a pu l’écraser dans son avancée. Au début de l’histoire européenne, elle fournira le bois nécessaire à la construction du premier bateau à naviguer sur le lac. Ce dernier servira ensuite à transporter le bois de construction nécessaire à la sortie de terre du village de Wanaka. C’est désormais une réserve naturelle du DOC, où un immense effort de coupe des pins exotiques et de replantation des espèces locales est en cours depuis plusieurs décennies. Chris en est probablement le plus grand artisan et connait donc quasiment chaque arbuste par son nom ! Après avoir amarré le bateau à la seule petite jetée de l’île, nous commençons une lente ascension parsemée d’arrêts où Chris partage sa connaissance en botanique et une foule d’anecdotes. Le bush n’est pas spectaculaire cependant car en cours de régénération. Parmi les résidents permanents de l’île, le Buff Weka, un oiseau natif de Nouvelle-Zélande, est probablement le plus célèbre. L’espère revient de loin car après avoir été introduite sur l’île de Chattam dans le Pacifique, elle avait disparu de Nouvelle-Zélande. Réintroduite ici, elle retrouve son habitat naturel. Arrivés à un petit lac à mi-chemin du sommet (un lac sur une île, sur un lac, sur une île…), Chris nous présente le doyen de l’île, qu’il semble connaître comme un ami proche. Selon lui, cette variété de Weka est si naïve qu’il lui manque l’instinct de préservation le plus élémentaire. Les seuls survivants (ils sont 200) sont donc à l’abri ici, loin des prédateurs importés par les Européens. On veut bien le croire, car nous aurons la chance d’en voir de très près.

Quelques centaines de mètres plus haut, on atteint un promontoire rocheux, la vue sur le lac et les montagnes environnantes est saisissante. Là, Chris déballe de son sac boissons chaudes et biscuits, et hop, café improvisé. Dans la descente, arrêt rituel pour notre guide, qui profite de chaque excursion pour planter un jeune arbuste et perpétuer sa mission…

Cette sortie peut être combinée avec Ridgeline Tours pour une expérience différente des montagnes entourant Wanaka. Mark et son équipe de guides vous prennent en ville ou à la descente du bateau et vous transportent sur les terres de West Wanaka Station, une immense ferme de 20 000 hectares qui englobe vallée et monts en bordure du lac. Ils sont les seuls accrédités à parcourir les chemins du site. Après une lente ascension depuis la Matukituki Valley (où on plaint la mécanique !), quelques barrières ouvertes et fermées, on atteint le sommet dénudé. La vue est digne d’un survol en avion ! Sur 360°, on couve du regard l’ensemble du lac et de ses îles (dont Mou Waho), du bourg à son extrémité sud jusqu’aux hautes montagnes du Aspiring National Park au nord-ouest. On profite du site pour la sacro-sainte pause-café et quelques centaines de photos avant une petite balade digestive à flanc de coteau. Remontés à bord des véhicules, on plonge alors vers les rives du lac, direction le site d’une des premières fermes de la région. Ce seront les premiers propriétaires terriens d’origine européenne à établir quelques maisons en bois et pierre face à une longue plage de galets en 1860. Le site que l’on trouve est très différent aujourd’hui. Et pour cause, il a été abandonné vers la fin du 19e pour un site plus favorable dans la Matukituki Valley. On découvre des restes de cheminées et de murs porteurs reconquis par la forêt et quelques reliques en métal du temps jadis. Même si cela peut paraître dérisoire à l’Européen habitué à des ruines bien plus anciennes, Mark et ses guides ont un talent certain à redonner vie au site et relater les dures conditions de vie des premiers colons de la région. Après cet intermède historique, nous revoici cahin-caha sur les chemins de bord de lac, direction la route goudronnée et la civilisation. Une aventure ouverte à tous, et notamment aux familles. C’est toujours rigolo une virée en 4×4…

Pour dîner, nous serons gâtés par une soirée à Bistro Gentil, probablement le meilleur restaurant de la ville, tenu par des Français et des Belges sur les hauteurs du bourg. L’adresse avait été visitée et incluse dans l’app dès le début, et je suis ravi de pouvoir confirmer la richesse des saveurs et la qualité du service. J’avais opté pour le saumon en entrée et le poisson du chef en plat principal, tout cela succulent, mais j’ai regretté de ne pas avoir pris le tartare de bœuf, que mes voisins asiatiques avaient choisi. Ils avaient l’air aux anges ! Leur distributeur de grands crus en « self-service » au verre, bien ludique, permet de goûter des vins locaux tout en choisissant la quantité que l’on se sert. Une adresse gourmet à inclure dans votre itinéraire si votre budget n’est pas trop serré. Comptez bien 80 NZ$ par personne le soir.

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En ce dimanche d’octobre, le ciel est prometteur pour le clou du week-end. Ce matin, nous allons traverser les alpes, longer la côte ouest sauvage puis remonter le fiord de Milford Sound avant un retour par le lac de Wanaka. Probablement le survol le plus épique de Nouvelle-Zélande. Wanaka, étant plus au nord que Queenstown et donc plus proche des hauts sommets des alpes, les survols y sont plus longs et plus spectaculaires qu’au départ de Queenstown. Après quelques convolutions pour se caler tous dans nos sièges, Paul, le pilote-propriétaire de la compagnie lance les moteurs (on a bien rigolé car, fait rarissime, l’avion n’avait plus de batteries et il a fallu le démarrer avec une batterie auxiliaire !). S’ensuivent 1 heure et demi de magie. Malgré nos casques et micros, le silence est total entre nous, tous absorbés comme dans une longue méditation par le paysage grandiose qui se déroule sous le fuselage. Le panorama change constamment ; pics abrupts couverts de neige éternelle, glaciers suspendus, lacs d’altitudes aux couleurs étonnantes, larges vallées glaciaires aux tons ocres qui contrastent avec les innombrables méandres d’eau turquoise. Puis on dépasse les montagnes, on découvre l’océan bleu sombre et la côte sauvage fortement boisée de l’ouest, aux plages désertes jonchées de bois flotté. Pas une âme qui vive dans tout cet univers d’eau, de neige, de forêts et de roche. Enfin, plongeant vers le sud, la muraille d’à-pics vertigineux s’ouvre lentement pour dévoiler une des merveilles de Nouvelle-Zélande : le fiord de Milford Sound. Là, l’avion cambre et s’engouffre au centre de ce couloir de roche. À cette altitude on voit bien les parois des falaises, la mer qui scintille en dessous et le ballet des bateaux de croisière. On mesure aussi mieux les forces géologiques monstrueuses qui ont façonné ce monde-là. Du ciel, on voit cent autres détails impossibles à discerner au niveau de l’eau. Que ce soit dans les contours des montagnes qui enserrent le fiord, des crêtes étonnantes, des vallées secondaires et leurs chutes d’eau… La tête encore tournée vers le fiord qu’on abandonne, on revient ensuite au cœur des montagnes, on passe les sites des randonnées Milford Track et Routeburn Track, on glisse sur Glenorchy, perdu en bout du lac Wakatipu (Queenstown) avant de rejoindre Wanaka. Pfffiou, après l’atterrissage, avec tant d’images imprimées dans le fond des yeux, on a du mal à revenir à la réalité de bipède cloué au plancher des vaches…

Fin de l’aventure, avec un autre vol cette fois, mais à haute altitude, avec Air New Zealand pour un retour vers Auckland. Mais il reste toujours un petit quelque-chose de Wanaka fiché dans le cœur.

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Sébastien

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