L’America’s Cup, une passion kiwie

L’America’s Cup, une passion kiwie

Le plus vieux trophée sportif du monde

L’histoire de la Coupe de l’America commence en 1851 au large de Londres, alors que la Grande-Bretagne s’apprête à accueillir la première Exposition Universelle, intitulée « The Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations ». A cette occasion, le Royal Yacht Squadron décide d’organiser la « Coupe des Cent Guinées » autour de l’île de Wight. Sûrs de leur domination sur les mers, les Anglais invitent officiellement les Américains à participer aux régates…

America's cup 1851


C’est ainsi que le New York Yacht Club s’engage dans la course avec une goélette baptisée America, barrée par John Cox Stevens. Le 22 août 1851, à la surprise générale, elle passe la ligne d’arrivée en tête, devant une quinzaine de concurrents britanniques. Quand la reine Victoria, qui assiste à la course, demande : « Qui est le second ? », on lui répond : « Il n’y a pas de second, Majesté ! » Le vainqueur reçoit alors la Coupe des Cent Guinées, une aiguière en argent massif, qui sera rebaptisée America’s Cup. Ainsi commence l’histoire du célèbre trophée, que les nations se disputent toujours, à grand renfort de technologie et d’argent.

Plus qu’une victoire sportive, ce trophée symbolise à l’époque l’évolution technologique et l’avènement de l’Amérique face à la vieille Europe.

La Coupe ne reste pas longtemps dans les mains de John Cox Stevens. En 1857, le New York Yacht Club la lui réclame pour la remettre en jeu et en faire l’objet d’un défi nautique perpétuel et international. En 1870, le Britannique James Ashbury relève le défi face à une vingtaine de concurrents américains. C’est ainsi que débute la fabuleuse histoire du plus vieux trophée du monde, une histoire de marins, d’architectes, d’ingénieurs et d’hommes d’affaires.

Devenue aujourd’hui le troisième événement sportif et médiatique après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de Football, la Coupe de l’America demeure un enjeu national, une vitrine industrielle et sportive pour les pays compétiteurs.

Un defender contre des challengers

La règle est simple : le détenteur actuel de la Coupe relève le défi d’un yacht-club challenger en définissant les rêgles de jauge pour les bateaux (c’est à dire leur format, dimensions, appendices autorisés, etc.). Le vainqueur de cinq manches a gagné. Il devra à son tour répondre au défi d’un nouveau prétendant. La Coupe de l’America se veut donc un défi nautique perpétuel et international. Supposée être une compétition amicale, elle est rapidement devenue une bataille navale sans merci, qui se déroule avant tout dans les cabinets d’architecture navale, dans les tribunaux et dans les salons feutrés des grands financiers.
Remise en jeu normalement tous les trois ans, la Coupe de l’America est organisée par le yacht club détenteur du trophée – cette année pour la troisième fois le Royal New Zealand Yacht Squadron (R.N.Z.Y.S).

Les équipes engagées dans la phase de sélection, la Prada Cup Challenger Series (anciennement Louis Vuitton Cup), appelées « défis » ou « challengers », s’affrontent dans des matchs « un contre un ». Le vainqueur gagne son billet pour le duel avec le defender de la Coupe de l’America.

La sélection des challengers

En 1983, devant l’afflux des concurrents souhaitant défier le vainqueur de l’édition précédente (appelé le « defender »), Louis Vuitton crée un nouveau trophée, la Coupe Louis Vuitton. Celle-ci voit s’affronter en duels acharnés les défis appelés « challengers », et couronne le vainqueur des éliminatoires qui aura l’honneur de défier le meilleur des « defenders » dans les épreuves de la Coupe de l’America. Ouverte à tous les pays, cette phase préliminaires dont les droits furent repris par Prada – et donc devenue la Prada Cup – est considérée aujourd’hui comme l’une des plus prestigieuses épreuves du yachting international.

Histoire de la coupe

Team new zealand

Le New York Yacht Club, vainqueur de la Coupe des Cent Guinées en 1851 face aux Britanniques, conserve son trophée pendant 132 ans ! Il s’agit de la plus longue suite de victoires dans l’histoire du sport mondial. Cette réussite entraîne néanmoins de nombreuses controverses, les challengers accusant le Club de leur imposer des règles trop sévères…
Ces derniers ne cessent pourtant de déployer des budgets colossaux et une énergie débordante pour relever le défi de la Coupe de l’America. Le plus acharné est sans doute Sir Thomas Lipton, le célèbre baron irlandais importateur de thé, qui s’engage cinq fois de suite dans la course entre 1899 et 1930, sans succès. Son acharnement lui a néanmoins valu une grande popularité aux Etats-Unis, dont il s’est servi pour promouvoir son thé.

Mais il faut bien qu’un jour la chance tourne pour les Américains. L’événement se passe en 1983, année de la mise en place de la Coupe Louis Vuitton qui vise à sélectionner le meilleur des challengers, pour avoir ensuite le droit de défier le defender.

Australia II, barré par Alan Bond, remporte cette première édition de la Louis Vuitton devant six concurrents. La Coupe de l’America voit alors s’affronter les Américains du New York Yacht Club, avec son célèbre skipper Dennis Conner, et les Australiens du Royal Perth Yacht Club. Après des duels acharnés, tant sur le plan sportif que juridique, Australia II finit par l’emporter 4-3. A la stupéfaction de la nation américaine, le précieux trophée qui avait fini par ne faire qu’un avec le New York Yacht Club, s’envole pour l’Australie où Bond est accueilli en héros.

En 1986, c’est donc au tour de l’Australie d’organiser cette prestigieuse compétition qui attire de plus en plus d’équipes de tous les pays. Treize challengers (américains, britanniques, canadiens, français, italiens et néo-zélandais) débarquent dans le port de Freemantle – à côté de Perth- pour participer à la Louis Vuitton. L’Americain Dennis Conner, « celui par qui la Coupe fut perdue », vient à bout de ses adversaires avec son nouveau syndicat Stars & Stripes représentant le San Diego Yacht Club. La Coupe de l’America voit alors s’affronter à nouveau les deux nations. A l’issue de régates spectaculaires dans l’océan Indien, Stars & Strikes remporte facilement le trophée devant Kiikaburra III, 4-0. Après seulement quatre ans loin de chez elle, la coupe retourne sur le sol américain. Le San Diego Yacht Club conservera le trophée pendant huit ans.

En 1988, deux bateaux seulement s’engagent dans la course à San Diego : le monocoque géant de 37, 50 mètres des Néo-Zélandais face au catamaran de 18, 30 mètres de Dennis Conner. Disputé en trois manches selon le nouveau règlement, il suffit de deux courses pour attester de la domination du multicoque américain Stars & Stripes. Suite à cette édition, les règles de jauge furent ré-étudiées afin de réguler la construction des bateaux. On peut d’ailleurs toujours voir KZ1, le bateau néo-zélandais renommé « Big Boat » en pleine rue piétonne à l’entrée du Viaduct à Auckland.

Un nouveau type de bateau, le Class America, est choisi en 1992 pour remplacer les 12-mètres utilisés depuis la Seconde Guerre Mondiale. La Louis Vuitton à San Diego est remportée cette année là par le challenger italien « Il Moro di Venezia » qui crée la surprise face à « Nippon », « Ville de Paris » et « New-Zealand ». Donnés favoris pour la Coupe de l’America, les Italiens menés par Paul Cayard s’inclinent quatre manches à une devant l' »America III » de Bill Koch.

En 1995, pour la seconde fois depuis 1851, l’aiguière d’argent quitte l’Amérique et s’envole pour la Nouvelle-Zélande. Après avoir remporté la Louis Vuitton contre six challengers, « Team New Zealand » bat en effet à plates coutures l’Américain Dennis Conner sur « Young America », 5-0. Sir Peter Blake, Russell Coutts et leur équipe sont accueillis en héros dans les rues d’Auckland par des Kiwis débordant de fierté à l’idée d’avoir remporté le trophée historique. Cet exploit sportif attire tous les regards vers la Nouvelle-Zélande qui devient alors le plus petit pays organisateur de la Coupe de l’America.

Le trophée tant convoité prend place au Royal New Zealand Yacht Squadron, à Auckland. Pour peu de temps puisqu’en 1997, un malfaiteur s’en empare et l’abîme sérieusement. La Coupe est alors envoyée en Angleterre où le célèbre orfèvre Garrards, créateur de l’aiguière d’argent en 1848, propose de la restaurer. Elle retournera chez les vainqueurs quelques mois plus tard, comme neuve.

En 2000, le nouveau Viaduc d’Auckland accueille dix challengers venant de sept pays à l’occasion de la Louis Vuitton. Avec les nouveaux bateaux de type Class America, les écarts se nivellent et les challengers se livrent des duels indécis et spectaculaires. Ce sont les Italiens de « Prada », du Yacht Club Punta Ala, qui remportent la Coupe à l’arrachée face à « America One » du St Francis Yacht Club. Pour la première fois de son histoire depuis 149 ans, il n’y aura aucun syndicat américain dans la Coupe de l’America. Team New Zealand, soutenu par son public, écrase les Italiens 5 à 0. Sir Peter Blake devient une véritable légende.

Neuf challengers s’affrontent pour la Louis Vuitton de 2002 qui se tient à Auckland. Parmi eux deux équipes francophones, les Suisses « Alinghi » barrés par le Kiwi Russell Coutts et les Français « Areva ». La Grande-Bretagne fait son retour après seize ans d’absence avec le défi « GBR Challenge ». Cette édition est remportée par l’équipe Suisse face au challenger néo-zélandais. Non sans frustrer terriblement les kiwis puisque Russel Coutts est un transfuge de Team New Zealand qui se bat donc contre son pays !

Direction l’Espagne ensuite pour l’édition 2007 où la Suisse bat à nouveau la team néo-zélandaise 5 à 2 et remporte le mythique trophée. Cette victoire sera remise en jeu en 2010, une nouvelle fois à Valence, et remportée cette fois-ci par la team USA « BMW Oracle Racing » du Golden Bay Yacht Club sur d’énormes multicoques et après d’intenses rebondissements juridiques sur les jauges et les rêgles de course entre les équipes.

En 2013, la compétition se tient à San Francisco sur des voiliers multicoques à foil de classe AC72 ultra-rapides, pouvant naviguer à plus de 30 noeuds de moyenne. Elle est de nouveau remportée de justesse par la team USA après une trépidante remontée des USA sur l’avance considérable de 8-0 de Team New Zealand, pour terminer sur un score serré de 9 à 8 en faveur de Team USA. Alors que la course semblait gagnée, les américains ravirent le titre à la barbe des kiwis grâce à des modifications de dernière minute sur leur bateau, au grand désespoir des néozélandais qui préparaient déjà le champagne, équipe Frogs incluse !

Après avoir récupéré la coupe lors de l’édition de 2017 aux Bermudes sur des multicoques à foil, Team New Zealand remettra son trophée en jeu une nouvelle fois à Auckland en 2021. À sa tête, Matteo De Nora, un suisse fortuné qui a rejoint l’équipe en 2000. Pour cette édition, et à la grande déception de nombreux intervenants, Team New Zealand a choisi d’abandonner les multicoques qui dominèrent les dernières éditions pour réinstaller la course sur des monocoques. Lire notre article.

Voyagez avec les experts Frogs !

Donnez votre avis, on vous écoute !