3 000km à pied en Nouvelle-Zélande

3 000km à pied en Nouvelle-Zélande

J’avais encore 60 kilomètres de plage à parcourir devant moi et je n’en pouvais plus. Le soleil plombait, mes pieds et chevilles étaient enflés et les 45 kilomètres de la veille se faisaient encore bien sentir. Découragée, j’ai interrompu mes efforts après seulement 20 kilomètres de marche pour la journée et j’ai installé ma tente derrière une dune bordant la plage, convaincue que je n’arriverais jamais au bout de ce rivage infini, encore moins au bout du sentier. C’était la deuxième journée de ma randonnée en Nouvelle-Zélande, voyage que je planifiais depuis les deux dernières années.

te araroa - Marilyne

Entre Taumarunui et la ville de National Park, dans l’île du Nord

Je me considère extrêmement choyée car j’ai passé les derniers cinq mois à voyager à travers toute la Nouvelle-Zélande. Arrivée ici vers la mi-novembre 2014, mon périple néo-zélandais s’est terminé au début de mai 2015. Malgré le fait que j’ai passé autant de temps à vagabonder ici, je suis passée par Waitomo sans visiter les célèbres grottes à « glow worms ». Je suis passé par Hamilton sans m’arrêter à Hobbiton (ou la Comté en français). J’ai traversé l’Ile du Sud sans passer par la magnifique et sauvage côte ouest, je n’ai pas vu les glaciers Franz Josef et Fox et je n’ai pas visité Greymouth. Je n’ai pas non plus visité les villes touristiques de Blenheim, Christchurch et Dunedin sur la côte est. Alors qu’ai-je fait en Nouvelle-Zélande pendant tout ce temps? J’ai marché et marché encore, plus de 3000 kilomètres sur un sentier nommé Te Araroa.

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Des paysages dont on ne se lasse pas !

Te Araroa, qui en langage maori signifie « Le long chemin », est un sentier traversant la Nouvelle-Zélande du nord au sud. Inauguré en 2011, le sentier s’étend du Cap Reinga, à l’extrémité nord de l’Ile du Nord, jusqu’au cap Bluff, à l’extrémité sud de l’Ile du Sud. Comptant plus de 3000 kilomètres, il traverse des régions aux paysages variés reflétant bien la diversité retrouvée en Nouvelle-Zélande : d’infinies plages de sable fin, d’immenses fermes de bétail, des forêts à la végétation dense, de magnifiques vallées s’étendant entre les chaines de montagne, des routes sinueuses, des rivières à l’eau cristalline et des cols vertigineux. Le sentier est divisé en 10 sections, une pour chaque région qu’il traverse. Des 3000 kilomètres de sentier, en 2015, environ 1650 étaient sur l’île du Nord et 1350 sur l’île du Sud. Le sentier comporte également une descente de la rivière Whanganui, d’une centaine de kilomètres, qui doit être complétée en canot ou en kayak.

Parfois la randonnée se fait au fil de l'eau

Parfois la randonnée se fait au fil de l’eau

La plupart des marcheurs le complètent entre quatre et cinq mois, mais malgré les difficultés rencontrées lors des premiers jours, j’ai persévéré et le sentier m’a vite récompensée pour mes efforts. Marcher Te Araroa m’a donné l’occasion d’expérimenter pleinement la Nouvelle-Zélande à un niveau difficile à atteindre lors d’un court séjour touristique. Des conversations impromptues avec de nombreux fermiers, à tous les marcheurs que j’ai croisé sur mon chemin jusqu’aux familles qui m’ont spontanément et généreusement accueillie dans leur foyer, l’expérience me laisse de nombreux souvenirs à chérir, de nouvelles amitiés et beaucoup d’expérience en tant que randonneuse. La générosité légendaire des néo-zélandais n’a pas manqué à l’appel: plusieurs m’ont accueilli dans leur foyer, m’ont offert de l’eau ou de la nourriture lorsque j’en avais besoin ou ont arrêté leur voiture pour me demander si je voulais qu’ils amènent quelque part lorsque je marchais en bordure de route!

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3000 Kms de rencontres et de partages ! C’est moi en bas au milieu…

Provenant de pays partout à travers le monde, les marcheurs sur Te Araroa ont tous en commun leur amour de la nature, du plein air et des grands espaces. Leur niveau d’expérience varie énormément et un marcheur sans expérience de grande randonnée peut tout à fait entreprendre le sentier, il lui faudra par contre une préparation plus méticuleuse que d’autres. Un facteur essentiel à gérer est le poids total du sac de randonnée; le poids du sac-à-dos en tant que tel ainsi que de tout le matériel qui sera à l’intérieur pendant la marche devrait être sous la barre des 10 kilogrammes, excluant la nourriture et l’eau. Un sac trop lourd a des conséquences qui se feront sentir tout au long de la randonnée: progression plus lente, plus de fatigue à la fin de la journée et douleurs lombaires, entre autres.

La Nouvelle-Zélande par delà les nuages

La Nouvelle-Zélande par delà les nuages

Certaines connaissances sont également à acquérir avant le départ: le fonctionnement des marées (certaines sections du sentier doivent être complétées à marée basse), le traitement des ampoules, les techniques de traversée de rivière et également la reconnaissance des plantes dangereuses (il y en a très peu, je pense ici à la fameuse ongaonga).
La camaraderie s’installe habituellement rapidement entre les marcheurs. Bien que la plupart débutent leur randonnée en solitaire, de petits groupes de marcheurs se forment rapidement. Ces groupes évoluent au fil du temps alors que tous ne veulent pas progresser au même rythme et que certains subiront des blessures. De solides amitiés se forgent sur le sentier; qui peut mieux comprendre les mauvaises journées que ceux qui les partagent avec vous? Les amis et la famille sont trop jaloux de votre voyage pour être ouvert et compréhensifs vis-à vis vos petits malheurs!

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Le reconnaissez-vous ?

Au niveau logistique, les plus longues étapes entre les ravitaillements sont présentement de huit jours. Le poids additionnel des denrées rend le départ des points de ravitaillement parfois un peu décourageants! Pour ma part, j’avais expédié des colis de nourriture à des endroits stratégiques sur le sentier, étant donné que certains points de ravitaillement n’offrent que peu de denrées (et à des prix parfois exorbitants!). J’ai pu compter tout au long de mon voyage sur l’aide des Frogs-in-NZ, ce qui m’a beaucoup aidé dans ma progression.DSC01815

Cependant marcher Te Araroa n’est pas qu’une partie de plaisir. L’extase causée par les merveilleux paysages est parfois entachée de douleur physique due aux rigueurs du terrain (ou à des bottes de randonnée mal ajustées!) et les conditions météorologiques peuvent parfois rendre la progression misérable. Le sentier comporte également de nombreuses sections où il faut marcher en bordure de routes allant de routes de campagne aux autoroutes. Le sentier demande une bonne adaptabilité, de la résilience et un horaire flexible! Les nombreuses traversées de rivières feront que vous marcherez souvent les pieds mouillés, certains sentiers vous laisseront avec de la boue jusqu’aux genoux (et même davantage si vous êtes malchanceux…). Cependant, le tout vous procurera un grand sentiment d’accomplissement et un nouveau regard sur le monde moderne.

Le sentier est encore en développement. Plusieurs sections sont appelées à changer dans les prochaines années. Le sentier se bâtit peu à peu une réputation internationale dans la communauté des randonneurs de longue distance. Tous sont attirés par ce pays à la faune et flore inusités et aux paysages diversifiés. Je recommande l’expérience à tous les amateurs de plein air voulant découvrir le pays du long nuage blanc !

Sunset sur Te Araroa

Propos de Maryline Marchand-Gouin recueillis par Matt le 11 mai 2015 à Auckland

Pour aller plus loin :

  • Le site officiel du Te Araroa Trail,
  • Le wiki dédié au Te Araroa, une mine d’informations incontournable pour préparer son aventure,
  • Une carte approximative pour repérer l’itinéraire du Te Araroa et les distances

Ecrit par Matt Voir tous les posts de cet auteur →

Ex-Chef de Tribu @ Frogs-in-NZ, j'ai réalisé mon aventure en Nouvelle-Zélande en 2014-2015, entre road-trip et vie à Auckland. Currently living in Bordeaux, France :-)

Il y a 4 commentaires sur cet article
  1. bruno à 19:58

    Hello Matt!
    Super récit! J’ai l’intention de faire 3 mois sur le Te Araroa. Plusieurs questions:
    – J’hésite à faire l’île du nord ou celle du sud. A priori l’île du sud car elle me semble plus sauvage. Ton avis?
    – N’as tu pas regretté de ne pas visiter les parcs nationaux en dehors du trail?
    – Sur l’ile du sud, est-ce qu’on traverse des écosystèmes très différents ? C’est surtout de la montagne? Ou c’est varié?

    Merci pour ton aide dans mon choix.
    Bruno

    • Matt à 22:47

      Bonjour Bruno 🙂

      Comme indiqué en pied d’article je ne suis que le récipient des propos de Maryline, qui a réalisé le Te Araroa.

      Cependant je peux apporter quelques éléments de réponse :
      – L’île du sud est effectivement plus sauvage que l’île du nord et pour de nombreux voyageurs, plus à l’image qu’ils se sont fait de la Nouvelle-Zélande avant d’y venir,
      – Le Te Araroa est une aventure à part entière, qui effectivement rend difficile la visite des parcs nationaux adjacents ou encore la réalisation des Great Walks. Si dans certaines zones il y a une forte ressemblance dans les paysages, il est tout de même intéressant d’envisager de revenir effectuer d’autres marches, randonnées et tramping tracks.
      – Sur l’île du sud, les montagnes ne sont jamais bien loin. Mais les paysages diffèrent : plaines viticole du nord, lacs de basse montagne dans le centre, puis de nouveau les plaines de la région de l’Otago, avant de terminer par les contreforts montagneux du Fiordland.

      Le Te Araroa n’est pas un « best of » des randos en Nouvelle-Zélande, c’est une aventure à part, qui invite à une autre découverte de ce pays. Amateur de randonnées en pleine nature, j’ai pour ma part préféré visiter les différents parcs nationaux à ma guise plutôt que de suivre cet itinéraire.

      Je reste à votre disposition pour répondre à vos questions 🙂

      Matt

    • Matt à 01:27

      Bonjour Emy,

      Comme indiqué dans l’article et dans le commentaire précédent, je n’ai fait que recueillir les propos de Maryline qui a réalisé le Te Araroa. Je vous invite à vous rendre sur le forum des Frogs (le lien ICI) pour y poser vos questions relativement à l’itinéraire comme à la préparation de cette aventure 🙂

      Matt

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