Sir Edmund Hillary, alpiniste et humaniste de légende

Sir Edmund Hillary, alpiniste et humaniste de légende

Interview exclusive Amuse-Gueule (programme radiophonique en français sur Planète FM) et Frogs réalisée en 2004. Sir Edmund Hillary est décédé en 2008. (Voir l’article sur le sujet dans Actu de NZ ).

A 83 ans, comment réagissez-vous à l’admiration que vous suscitez ?

interview-hillary_mediumSir Edmund Hillary : Je suis très philosophe quand les gens s’extasient devant ma carrière ! J’ai eu beaucoup de chance, j’ai aimé tout ce que j’ai entrepris : les aventures, les défis, l’ascension de l’Everest, les expéditions vers le Pôle Sud et le Pôle Nord, la remontée du Gange en bateau et beaucoup d’autres choses encore. C’était excitant et effrayant à la fois. Mais ma plus grande réalisation fut de travailler avec les Sherpas dans l’Himalaya. Nous avons construit des écoles, des hôpitaux, des ponts et même des aérodromes. Ce genre de chose valait vraiment la peine !

Pensez-vous que l’alpinisme développe une conscience du monde plus large, un plus grand respect de l’Homme et de l’environnement ?

Sir Edmund Hillary : C’est une question difficile. Je dirais que les alpinistes ont pris conscience de la nécessité de protéger les montagnes. De mon temps, les alpinistes étaient très négligents et laissaient des détritus partout sur l’Everest. Et puis il y avait bien sûr de nombreux cadavres, plus de 160 personnes sont mortes en tentant l’ascension. Dans les expéditions modernes, les sportifs se préoccupent davantage de l’environnement. Mais il y a encore un long chemin à parcourir…

Pensez-vous que les alpinistes sont plus respectueux les uns des autres ?

Sir Edmund Hillary : Non, pas vraiment. Au sein de notre expédition, par exemple, il y avait un fort esprit d’équipe. On travaillait ensemble sur tous les projets, on s’aidait, on se protégeait, c’était une association bénéfique. Mais de nos jours, c’est malheureusement un peu chacun pour soi. Les gens ont tendance à se prendre pour des « prima dona », ils souhaitent avant tout leur réussite et se préoccupent peu du sort de leurs compagnons. Mais il ne faut pas généraliser.

Que pensez-vous de l’état de la planète aujourd’hui ? Etes-vous plutôt pessimiste ?

Sir Edmund Hillary : D’un côté, il y a des choses terribles qui se passent sur notre planète, mais de l’autre, de nombreuses personnes mènent des actions pour le bien-être des autres. C’est une période difficile, je pense, mais les journaux et la télévision ont tendance à exagérer. Lorsque vous regardez les informations, vous n’entendez presque que des mauvaises nouvelles ! J’aime aussi le sport, qui apprend à travailler en équipe, à écouter les autres et à accepter la défaite. Dans ce sens-là, le sport est le meilleur respect de la vie.

Vous êtes allé à Chamonix en 2000 où vous avez retrouvé Reinhold Messner et Maurice Herzog, deux autres grands alpinistes. Pour quelle occasion étiez-vous là-bas ? Qu’avez-vous ressenti en retrouvant les Alpes ?

Sir Edmund Hillary : C’était l’anniversaire de la première ascension d’un sommet de plus de 8000m, l’Annapurna, par l’équipe de Maurice Herzog (3 juin 1950). Je connais bien Maurice Herzog et Reinhold Messner, ce sont de très bons amis. J’étais heureux d’assister à cet événement avec ma femme. Il y avait de nombreux alpinistes célèbres du monde entier, notamment Maurice Herzog, un grand héros en France, et l’Italien Reinhold Messner, le premier à franchir tous les sommets de plus de 8000m. Je les apprécie tous les deux beaucoup.

Je me suis rendu à Chamonix à de nombreuses occasions. C’est un bel endroit, avec des montagnes spectaculaires. La première fois, Maurice Herzog était maire de Chamonix [de 1968 à 1977]. Maintenant il habite à Paris bien sûr, c’est un important homme d’affaire. Chamonix est l’un des meilleurs endroits du monde pour l’alpinisme.

Avez-vous un message particulier pour les Français qui viennent vivre l’aventure en Nouvelle-Zélande ?

Sir Edmund Hillary : Je crois que quelque soit l’origine des alpinistes, ils trouveront de bons sites dans les Alpes du Sud néo-zélandaises. Bien sûr, elles ne sont pas aussi hautes qu’en Europe. Mais nous avons aussi des glaciers ! C’est peut-être pourquoi j’ai réussi l’ascension de l’Everest, j’avais pu m’entraîner. Cependant, autrefois, les techniques étaient très différentes. J’avais un piolet pour creuser des marches, des centaines de milliers de marches. De nos jours, personne ne creuse plus de marches ! On utilise des équipements différents, des crampons, des piolets courbés, des marteaux et on escalade beaucoup plus rapidement. Quand j’ai escaladé l’Everest, j’avais un piolet français !

Propos recueillis par Claire Pignol en 2004

 

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Ex-Chef de Tribu @ Frogs-in-NZ, j'ai réalisé mon aventure en Nouvelle-Zélande en 2014-2015, entre road-trip et vie à Auckland. Currently living in Bordeaux, France :-)

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