Stewart Island, la dernière frontière

Stewart Island, la dernière frontière

En guise de cadeau d’anniversaire surprise, ma compagne m’a offert un beau cadeau cette année. Une escapade de 4 jours dans un des derniers territoires que je n’ai pas encore exploré en Nouvelle-Zélande, la troisième île souvent oubliée des parcours touristiques et encore aux trois quarts vierge, Stewart Island.

Un vol folklorique

Calé entre la vitre et Karen, sur un siège à ressort recouvert d’une peau de mouton synthétique, je jubile de terminer notre voyage vers le sud par un si petit coucou. Ce Britten-Norman Islander de fabrication anglaise en a affronté des quarantièmes rugissants depuis les années 60, et ça se voit ! Plus on s’est éloigné d’Auckland et plus les avions sont devenus petits. Le contraste entre l’A320 du vol Auckland-Christchurch et ce dernier digne de papy Boyington est saisissant.  A Invercargill, le ton est donné. On va faire un bond dans le temps. Le jeune homme qui enregistre nos bagages fera aussi l’accueil à la seule porte de l’aéroport (Gate 1, ha ha), puis lorsque les 6 passagers seront sanglés, sautera sur son siège pour piloter. Autant dire qu’on a un sourire jusqu’aux oreilles lorsqu’on décolle et survolons le détroit de Foveaux qui nous mènera à notre destination finale.

Stewart Island par avion

On quitte alors les plates plaines agricoles d’Invercargill pour ce petit joyau montagneux qui n’est pas sans rappeler le Parc National Abel Tasman, l’île de Great Barrier ou la péninsule de Coromandel. Des monts recouverts de forêt enferment de magnifiques baies au sable doré, les pieds dans une eau turquoise. Si la température n’était pas si basse à cette saison (7 à 9° dehors) on aurait grande envie d’y piquer une tête ! L’île, très étendue, est en majorité (85%) protégée par le statut de Parc National depuis des lustres et son isolement et la rudesse de son climat a protégé une immense partie de la hache des premiers colons européens. Et il est vrai qu’en son cœur, on se croirait au Gondwana, la terre primitive d’avant la séparation des continents. Ici pas d’immenses kauri comme dans le nord du pays, mais leurs grands cousins, rimu et totara, qui émergent de la canopée.

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400 habitants, 280 kilomètres de sentiers !

Installés dans un crib, un cottage de vacances bien typique avec une belle vue sur Halfmoon Bay, nous commençons nos recherches. Direction le centre DOC du petit et unique village de 400 habitants de l’île, Oban. L’équipe de rangers, très sympa, nous donne toute l’info nécessaire pour les balades que nous projetons. Ils nous indiquent même où voir des kiwis à la tombée de la nuit et nous offrent un film infrarouge à installer sur notre frontale. Et ce sera bien utile ! Après un petit tour de l’expo permanente du centre, nous voilà parti pour 3 jours de balades et découvertes.

Le port d'Oban à Stewart Island

La grande et les petites randonnées

La randonnée phare de l’île, Rakiura Track, reconnue comme une des 9 « Great Walks » du pays, propose de s’enfoncer dans la partie nord de l’île en une boucle de 32 km (sur les 280 km de sentiers qui y existent). Plusieurs refuges permettent aux randonneurs ayant réservés de se loger chaque soir. N’étant pas équipé pour randonner plusieurs jours, nous ferons des morceaux de ce sentier ainsi que de plusieurs des autres balades qui foisonnent depuis le village. Tous les sentiers sont particulièrement bien équipés et entretenus et permettent des découvertes pour tous niveaux. Il peut être judicieux de louer un scooter ou une voiture au village, ou de faire du stop pour rejoindre certains sentiers et s’éviter les quelques kilomètres de route (surtout pour le début du Rakiura Track vers Maori Bay). Procurez-vous le petit guide bien fait « Stewart Island / Rakiura Short Walks » pour découvrir plages perdues, promontoires, sentiers côtiers et panoramas.

Le bush natif à Stewart Island

Si la forêt native est belle, on s’étonne toujours de son homogénéité du nord au sud. On retrouve ici les mêmes espèces qu’on retrouvera à plus de 1200 kilomètres au nord. C’est surtout pour les oiseaux qu’on fait le voyage. En effet, l’île et ses îlots comptent une magnifique concentration de tout ce qui vole encore en Nouvelle-Zélande. Au soir, les kakas (perroquets natifs) viennent frapper au carreau pour un morceau de pomme, les mélodieux tuis sont partout et enfin ce sera un des sites phares pour voir des kiwis dans leur milieu naturel. Et oui, vous pouvez compter sur une population d’environ 20,000 de ces icônes vivantes ! Enfin, après 14 ans de vie en Nouvelle-Zélande, j’aurai la chance de voir mon premier kiwi dans la nature. Je n’avais pas eu beaucoup de chance jusque-là, même sur Kapiti Island. Suivant les conseils du ranger, il suffit de se balader aux abords du terrain de rugby à la nuit tombée pour découvrir ces curieux oiseaux qui viennent s’aventurer hors du bush qui borde le site. Ceux qui camperont au cœur du parc auront encore plus de chance d’en voir, loin du village. Et parfois même de jour, car l’absence de prédateur semble les rendre moins timides !Karen et son kaka à Stewart Island

Ulva Island, l’île aux oiseaux

Un séjour à Stewart Island n’est pas complet sans une virée sur la petite île qui flotte au milieu de  la grande baie fermée de Patterson Inlet.

L'île de Ulva Island

A l’époque où 1000 bûcherons et leurs familles occupaient la baie, à la fin du 19ème siècle, l’île hébergeait le bureau de poste, le postier et sa famille. Sa position centrale permettait au postier d’indiquer à cette foule de pionniers que le courrier était arrivé en hissant un drapeau sur un promontoire de l’île. Ce postier, Charles Traill, devait être un singulier personnage à cette époque où l’on coupe à tout va. En effet, il admire la beauté naturelle de son île et sera un des premiers à en demander la protection par le gouvernement. Depuis, le bureau de poste abandonné depuis bien longtemps, ce sont les rangers de l’île qui font une chasse dans relâche aux rats et autres belettes qui chercheraient à y atterrir. Sans prédateurs, suite à une politique active de repeuplement par des espèces en dangers, on s’émerveille d’y voir Saddlebacks, wekas, tuis, bellbirds, robins, kakas peu peureux et sur certaines parties des sentiers, en relatif grand nombre par rapport au continent. Il faut parfois s’arrêter quelques minutes pour laisser tout ce petit monde s’animer dans la forêt autour de soi. Des cris poussés de chaque côté du sentier nous arrêtèrent nets en pleine forêt. Deux wekas se ruent alors l’un sur l’autre et se retrouvent sur le sentier pour non pas une bagarre, mais une partie de jambes en l’air, sous nos yeux ! Peu pudiques ces oiseaux-là…

Weka sur Ulva Island

Trois heures suffisent pour parcourir les quelques sentiers balisés de l’île qui ne permettent l’accès qu’au tiers ouest de l’île (le guide « Ulva Island » à $2 est très utile, à acheter au DOC). Des bateaux taxis réguliers ou à la demande sont disponibles depuis le village ou Golden Bay (10 min à pied). Nous n’avions pas pris de guides, mais nous vous le recommandons si votre connaissance des oiseaux natifs est limitée. Il faudra compter environ $125 par personne guidé ou $20/30 pour un ferry seul. On peut même combiner avec une petite croisière et de la pêche au « blue cod », sorte de morue native qui abonde par ici.

Dock de Ulva Island

Retour à la civilisation

Au début du printemps, le village paraît très assoupi. On y vit de la pêche au ‘crayfish’ (langouste locale) et à la morue. Mais en été, vacanciers locaux et visiteurs étrangers apportent une grande animation et remplissent centre d’information, pub et les quelques restaurants du hameau. Il y a même une crêperie franco-kiwie pour les nostalgiques ! Bon, elle était fermée à cette saison. Nous avons beaucoup aimé le mélange coloré qui se retrouve au pub de l’île, pêcheurs locaux (en bottes blanches), rangers volontaires du DOC (en bottes noires) et randonneurs de passage (en grosses tatanes de rando). On y mange une cuisine assez correcte tout en admirant soit le sport à la télé, soit le ballet des mouettes à travers les grandes baies vitrées. Enfin, ceux qui sont plus exigeants pourront aller déjeuner ou dîner au Church Hill Restaurant & Oyster Bar, sur la colline. On y déguste une cuisine raffinée dans un cottage centenaire sous les palabres du proprio, Chris, qui a quitté sa sauvage West Coast pour rejoindre un coin plus perdu encore ! Sa femme, Deanne, est bien plus timide mais fait un excellent boulot en cuisine.

L'avion Stewart Island Air

Et voilà, dimanche 16h, nous sommes prêts pour reprendre le vol dans l’autre sens et quitter Rakiura, l’ancre de Maui. Ah oui, au fait, dans la mythologie maorie, l’île représente l’ancre du mythique Maui qui aurait pêché l’île du Nord depuis son radeau géant, l’île du Sud. Et un morceau de chaîne est encore visible sur l’île. On vous laisse la trouver…

 

Sébastien Michel
Fondateur de l’agence francophone locale Frogs

En savoir plus

  • On peut aussi rejoindre l’île en ferry avec Real Journeys
  • Le Rakiura Track dans l’app des Frogs
  • Histoire et infos utiles dans l’app des Frogs, rubrique Southland / Localités / Stewart Island Rakiura
  • Informations balades, randonnées et refuges sur le Rakiura National Park, site du DOC.

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